
Le Maroc et l’Espagne sont voisins, et la géographie ne leur laisse pas le choix. Le détroit de Gibraltar ne les sépare que de quelques kilomètres , il les relie aussi. L’Espagne est l’une des portes de l’Europe vers l’Afrique, le Maroc l’une des portes de l’Afrique vers l’Europe. Cette position devrait être une chance, pas une rivalité permanente.
Chaque tension autour de Ceuta, de Melilla, de l’immigration ou des frontières fait pourtant revenir les mêmes discours de méfiance. Des courants politiques des deux côtés transforment le désaccord en affrontement, comme si s’opposer au voisin était une victoire.
En réalité, quand Rabat et Madrid se fragilisent, les deux perdent des occasions économiques, de la stabilité, de la confiance et de l’influence.
Ceuta reste l’un des sujets les plus délicats. L’Espagne administre la ville, le Maroc en revendique la souveraineté. Ce différend ne se règle ni par des slogans ni par des provocations. Il appelle le dialogue, la prudence et le respect. Défendre ses intérêts n’oblige pas à faire de l’autre un ennemi.
Fermeté et coopération peuvent aller ensemble. Aux responsables d’expliquer les divergences sans transformer l’identité nationale en hostilité, ni instrumentaliser l’émotion des citoyens.
Au Maroc comme en Espagne, certaines voix durcissent le ton pour mobiliser des électeurs, nourrir un nationalisme ou détourner l’attention d’autres problèmes. Toute critique n’est pas irresponsable, et le désaccord fait partie de la démocratie.
Le problème commence quand la critique ne cherche plus de solution et présente le voisin comme une menace permanente.
Ces relations sont trop importantes pour être laissées à ceux qui tirent profit des tensions.
La Coupe du monde 2030, organisée avec le Portugal, est une occasion à ne pas gâcher. Elle peut dépasser les stades et le tourisme , rapprochement des sociétés, investissements, échanges culturels, perspectives pour les jeunes. L’Espagne apporte son expérience et ses liens européens.
Le Maroc apporte sa position en Afrique, des infrastructures en développement et un accès aux marchés du continent. Célébrer un Mondial commun tout en alimentant la division serait un paradoxe.
L’histoire commune est faite de coexistence, d’échanges, de conflits et de domination coloniale. Inutile de l’idéaliser ou d’en effacer les épisodes douloureux.
Elle peut entretenir des rancœurs ou aider à comprendre le présent. Les deux peuples ont le droit de défendre leur identité, leurs intérêts et leur mémoire, et aussi celui d’imaginer que la proximité soit un avantage plutôt qu’une fatalité.
Dans un monde de concurrence économique, de sécurité énergétique, de migrations et de bouleversements géopolitiques, cette relation dépasse les frontières nationales.
L’Espagne peut servir de passerelle entre l’Union européenne et l’Afrique du Nord. Le Maroc peut être un partenaire de l’Europe et une plateforme vers l’Afrique de l’Ouest. Énergies renouvelables, industrie, agriculture, transports, éducation, sécurité, technologies .
la coopération ouvre des perspectives considérables. Être d’accord sur tout n’est pas nécessaire. Négocier les divergences sans détruire ce qui permet d’avancer ensemble, si.
La stabilité de l’un sert la prospérité de l’autre. Les difficultés de l’un se font sentir de l’autre côté du détroit. Il ne s’agit pas d’une amitié aveugle, mais d’une relation adulte .
Respect, confiance, négociation, défense légitime des intérêts. Une phrase provocatrice fait la une un jour , réparer une crise diplomatique peut prendre des mois, voire des années. Les citoyens peuvent débattre de Ceuta, de Melilla ou des frontières sans tomber dans la haine.
La coopération n’est pas une faiblesse, le dialogue n’est pas une capitulation, et respecter son voisin n’empêche pas de défendre son pays. On ne choisit pas ses voisins.
Quand ils partagent un détroit, une histoire, des intérêts stratégiques et une Coupe du monde, faire de la rivalité une coopération est une responsabilité envers les générations qui viennent.
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