
L’être humain possède une nature immuable , dès qu’on lui impose une barrière ou une frontière, il cherche désespérément à la franchir.
Ce qui est interdit devient fascinant
L’homme se convainc que derrière cet obstacle se cache un trésor inestimable, un secret que l’on veut lui cacher.
C’est cette curiosité, mêlée au sentiment de protection d’un bien précieux, qui pousse la jeunesse à vouloir voir de ses propres yeux ce qu’il y a « au-delà ».
Pourtant, il fut une époque, celle des années 80, où le voyage était synonyme de liberté et de sérénité.
Avec un simple billet Interrail, les jeunes Marocains parcouraient l’Europe entière en toute tranquillité.
C’était la « belle époque », avant que l’Europe ne s’essouffle
À chaque pays sa monnaie, à chaque peuple son identité, mais partout, une hospitalité sincère.
À cette époque, le regard porté sur l’autre, sur celui qui avait une couleur de peau différente, était empreint d’acceptation et d’entraide.
Les opportunités d’études et de travail abondaient sur une terre qui semblait encore pleine de promesses.
Ce qui est frappant, c’est que malgré cette liberté totale d’aller et venir sans visa, ces jeunes Marocains choisissaient presque toujours de rentrer chez eux.
Ils savaient que la porte restait ouverte, que la possibilité de revenir existait. Il n’y avait pas cette urgence de rester, car l’accès n’était pas un combat.
Aujourd’hui, tout a basculé
La réunification européenne a apporté avec elle les visas, les contrôles drastiques et des frontières de plus en plus hautes.
Cette Europe, aujourd’hui en perte de vitesse, voit ses propres citoyens vivre dans la précarité.
Les Marocains qui connaissent bien le vieux continent savent cette vérité amère : l’avenir y est devenu incertain.
Le drame réside dans le contraste social
D’un côté, certains ressortissants reviennent pour les vacances avec des voitures de luxe, gaspillant de l’argent gagné parfois de manière illicite.
De l’autre, une jeunesse locale sans emploi regarde ce spectacle et croit, à tort, que l’Europe est un Eldorado où l’on devient riche du jour au lendemain.
Mais la réussite se construit avec l’audace, le courage et surtout la préparation. On peut bâtir sa vie dans son propre pays si l’on a la volonté de se former, d’étudier et d’obtenir des diplômes.
L’Eldorado n’est pas un lieu géographique, c’est un projet que l’on porte en soi
Les événements récents à Sebta en sont la preuve la plus brute.
Ceux qui ont tenté la traversée il y a quelques jours ont enfin vu la réalité sans filtre.
En se confrontant à cet obstacle tant désiré, ils ont découvert que l’espoir qu’ils nourrissaient n’était qu’un rêve imaginaire, loin de la réalité du terrain.
Ils sont désormais de retour chez eux, avec la certitude que ce qu’ils cherchaient au-delà de la frontière n’était qu’une chimère.

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