Réuni cette semaine à Agadir, le conseil d’administration de l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) du Souss-Massa a servi de tribune à un avertissement qui ne manquera pas de faire réagir la profession.
Karim Achengli, président du conseil de la région, a évoqué une série de difficultés structurelles susceptibles de se transformer, à brève échéance, en véritables crises pour l’agriculture régionale si rien n’est entrepris pour inverser la tendance.
Une région façonnée par l’agriculture, mais fragilisée
Le Souss-Massa doit une large part de son identité économique à ses primeurs et à son agrumiculture, exportées bien au-delà des frontières marocaines. Mais cette vitrine agricole repose sur des équilibres de plus en plus précaires. Devant les administrateurs de l’ORMVA, Karim Achengli a pointé deux contraintes majeures qui pèsent sur le secteur : la raréfaction de la main-d’œuvre agricole et la pression grandissante exercée sur les ressources en eau, déjà sous tension chronique dans la région.
Ces deux facteurs, loin d’être isolés, s’alimentent mutuellement. La difficulté à recruter une main-d’œuvre stable pousse une partie des exploitations à revoir leurs choix de cultures, tandis que le stress hydrique limite les marges de manœuvre des producteurs, contraints d’arbitrer entre rendement et durabilité. Le président de région a insisté sur l’urgence d’accélérer le rythme des réformes engagées, jugeant que la conjoncture actuelle ne laisse plus de place à l’attentisme.
Cap sur les ressources non conventionnelles
Face à ce constat, les pistes avancées lors de la rencontre s’articulent autour d’un même objectif : desserrer la dépendance de l’agriculture régionale aux ressources hydriques conventionnelles. Le recours à des ressources non conventionnelles, dessalement et réutilisation des eaux usées traitées, figure parmi les orientations soutenues par le président du conseil régional, de même que le développement des énergies renouvelables pour accompagner l’irrigation et réduire la facture énergétique des exploitations.
La recherche scientifique et l’innovation ont également été présentées comme des leviers incontournables pour améliorer la compétitivité du secteur. Il ne s’agit plus seulement de produire davantage, mais de produire autrement, avec des itinéraires techniques capables de résister aux à-coups climatiques qui touchent désormais la région avec une régularité préoccupante.
Une école pour préparer la relève
Dans ce contexte, l’annonce de la création prochaine d’une école pluridisciplinaire des sciences agronomiques et biologiques à Agadir a été accueillie comme une avancée structurante. Ce nouvel établissement doit permettre de former localement les compétences dont la filière aura besoin dans les années à venir, tout en irriguant la recherche appliquée sur les problématiques propres au Souss-Massa. Karim Achangli y voit un acquis stratégique, susceptible de renforcer le suivi des mutations profondes que traverse le secteur agricole, à l’échelle régionale comme nationale.
Une équation à plusieurs inconnues
Le Souss-Massa n’est pas la seule région marocaine confrontée à la question de l’eau agricole, mais l’intensité de son activité d’exportation, notamment vers les marchés européens, lui confère une vulnérabilité particulière. Chaque campagne agricole se joue désormais sur un fil, entre disponibilité de la ressource, coûts de production en hausse et exigences croissantes des marchés extérieurs en matière de traçabilité et de durabilité.
C’est précisément cette accumulation de contraintes que le président du conseil régional a voulu mettre en évidence, en appelant les acteurs du secteur, offices publics, coopératives, chambres d’agriculture et instituts de recherche, à converger vers un modèle commun. Un modèle qui devra concilier maintien de la compétitivité à l’export et préservation d’une ressource en eau que plusieurs études régionales décrivent déjà comme structurellement déficitaire.
Les prochaines échéances
Aucun calendrier précis n’a filtré à l’issue de cette session du conseil d’administration quant à la mise en œuvre concrète des orientations évoquées. Reste que la tonalité du message envoyé par Karim Achangli tranche avec la communication habituellement mesurée des instances régionales sur ce dossier sensible. En évoquant des crises imminentes, le président de région semble vouloir installer un climat d’urgence propice à accélérer des décisions parfois freinées par la lourdeur administrative ou le manque de financements dédiés.
Pour les producteurs du Souss-Massa, entre appréhension face aux prochaines campagnes et espoir suscité par les investissements annoncés dans la formation et la recherche, l’enjeu dépasse la seule question agricole : c’est tout un modèle économique régional, adossé depuis des décennies à l’or vert de la région, qui est appelé à se réinventer.

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