
Ils ont traversé. Par milliers. En une nuit, Ceuta a basculé. 50 000, 60 000 personnes peut-être. Des jeunes, des familles, des mineurs. Le rêve européen semblait à portée de main. Quarante-huit heures plus tard, la plupart étaient déjà repartis. Volontairement.
Épuisés, affamés, déçus.
Une baguette à un euro. Une cigarette à un euro. Une bouteille d’eau au même prix. Des coups, des bâtons, des coups de poignard, des traitements brutaux.
Le martyre, pas l’Eldorado. Et puis le retour au Maroc. Seuls quelques mineurs restent encore cachés, protégés par le droit européen.
Ceuta n’est pas une porte ouverte sur les rues de Paris, de Lyon ou de Marseille. C’est une enclave espagnole coincée sur le continent africain. Pour atteindre le continent européen, il faut un ferry jusqu’à Algeciras.
Ensuite, plus de 1 000 kilomètres, des contrôles de police, de gendarmerie, de douanes, des contrôles maritimes, des contrôles partout.
Il faudrait d’abord faire disparaître les forces de l’ordre espagnoles, les garde-côtes, les postes-frontières… Avant même d’espérer arriver en France.
Ceux qui parlent d’invasion dans « nos rues » n’ont visiblement jamais regardé une carte.
Pourtant, l’extrême droite espagnole, française et européenne a immédiatement sorti ses armes électorales.
Fermez les frontières. Ils vont déferler, Protégez nos villes.
Des formules simples, efficaces, martelées à l’approche des élections.
Pendant ce temps, le chômage reste élevé, les délais hospitaliers dépassent trois mois pour une opération, le logement devient inaccessible, et les vraies fractures sociales continuent de s’élargir.
Ces problèmes-là touchent des millions de citoyens. Ils pèsent infiniment plus lourd que cet épisode concentré sur quelques kilomètres carrés d’Afrique du Nord, déjà largement terminé.
Les milliers de Marocains qui ont tenté le passage à Ceuta ont testé le rêve.
Ils en sont revenus. Certains meurtris, presque tous désillusionnés.
Ce n’est pas une invasion en marche.
C’est la fin brutale d’une illusion pour ceux qui l’ont vécue.
Et une opportunité politique trop belle pour ceux qui préfèrent alimenter les peurs plutôt que de regarder les chiffres, les distances et les véritables urgences.

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