L’entrée de Fouzi Lekjaa dans le paysage politique donne aujourd’hui une nouvelle dimension à son rapport avec le Souss. Son récent passage à Agadir, après son intégration au bureau politique du Parti Authenticité et Modernité, a naturellement suscité l’attention, tant son nom est déjà fortement associé au football marocain.

Mais dans cette nouvelle séquence, une réalité mérite d’être rappelée : la relation d’Aziz Akhannouch avec Agadir et le Souss ne commence ni avec la politique nationale, ni avec ses fonctions actuelles.

Originaire de la région, Akhannouch a construit au fil des années une relation particulière avec son territoire, à travers ses responsabilités régionales, son parcours économique et son engagement dans différents domaines de la vie locale.

Akhannouch, une histoire qui s’inscrit dans le temps

Avant d’occuper les plus hautes responsabilités de l’État, Aziz Akhannouch avait déjà une présence importante dans le Souss. Il a notamment présidé le Conseil régional de Souss-Massa-Draâ entre 2003 et 2009.

Son parcours avec la région s’est également exprimé dans plusieurs secteurs, notamment économique, social et sportif. Cette histoire précède largement son arrivée à la tête du gouvernement.

Pour une partie des habitants d’Agadir, cette continuité compte. Elle rappelle qu’une relation avec une ville ou une région ne se résume pas à un mandat ou à une fonction. Elle se construit dans la durée.

Lekjaa, un nouveau visage dans la scène politique

Fouzi Lekjaa arrive aujourd’hui avec une trajectoire différente. Son nom s’est imposé dans le football marocain, avant qu’il ne décide d’ouvrir un nouveau chapitre en rejoignant la scène politique.

Son passage à Agadir marque ainsi une étape importante de cette nouvelle aventure. Il ne s’agit plus uniquement de parler de football, de résultats ou de compétitions. Le débat porte désormais sur des sujets beaucoup plus larges : développement, emploi, jeunesse, pouvoir d’achat, santé, éducation et avenir des territoires.

C’est sur ce terrain que Lekjaa devra désormais faire ses preuves. La notoriété attire l’attention, mais en politique, ce sont les résultats qui finissent par parler.

Deux hommes, deux trajectoires

Comparer Akhannouch et Lekjaa peut sembler naturel, notamment parce que leurs parcours se croisent aujourd’hui autour du Souss et du football. Mais leurs trajectoires restent profondément différentes.

Akhannouch possède une longue histoire avec Agadir et la région, construite bien avant ses responsabilités nationales. Lekjaa, lui, commence une nouvelle étape et cherche à transformer son expérience et son influence dans le monde sportif en présence politique.

Il serait donc réducteur d’en faire une opposition personnelle. Agadir n’a pas besoin de choisir entre deux hommes. Elle a besoin de ceux qui peuvent réellement contribuer à son développement.

Une question de mémoire et de reconnaissance

Dans une époque où l’actualité change à une vitesse vertigineuse, la mémoire collective peut parfois devenir courte. Un nouveau visage apparaît, un événement fait la une, et ce qui a été accompli auparavant risque rapidement de disparaître du débat public.

Pourtant, reconnaître ce qui a été fait hier n’empêche nullement de regarder vers demain. On peut accueillir l’arrivée d’une nouvelle personnalité avec enthousiasme sans effacer ceux qui ont contribué avant elle. On peut aussi soutenir un responsable tout en conservant le droit de le critiquer.

La reconnaissance n’est pas une faiblesse. Elle est une valeur. Et dans une région aussi attachée à son identité et à son histoire que le Souss, cette notion prend une dimension particulière.

« Azro n Tmazirt asaybanou yan »

Une expression amazighe résume admirablement cette philosophie :

Elle porte l’image d’une terre qui se construit avec les pierres de cette même terre. Une idée simple, mais profonde : celui qui veut réellement bâtir sa région doit apporter sa pierre à l’édifice.

Cette vision peut parfaitement s’appliquer à Agadir aujourd’hui. La ville n’a pas besoin de polémiques permanentes entre personnalités. Elle a besoin de bâtisseurs. Des femmes et des hommes capables de transformer les ambitions en projets, les promesses en réalisations et les discours en résultats.

Ce que les habitants retiendront

Au-delà des partis, des élections et des ambitions personnelles, les habitants finiront toujours par juger sur les actes. Ils retiendront celui qui aura contribué à créer des emplois, à soutenir la jeunesse, à développer le sport, à renforcer les infrastructures, à attirer l’investissement ou à défendre l’identité et le rayonnement de la région.

Ils retiendront aussi ceux qui auront été présents lorsque la région avait besoin d’eux.

C’est pourquoi l’arrivée de Lekjaa ne devrait pas être perçue comme l’effacement d’Akhannouch, pas plus que l’histoire d’Akhannouch ne devrait empêcher Lekjaa d’écrire la sienne.

L’un appartient déjà à l’histoire récente du Souss. L’autre commence à écrire un nouveau chapitre.

Agadir avant tout

Au fond, le véritable enjeu dépasse les deux hommes. Il concerne Agadir. Une ville qui possède une identité forte, un potentiel économique considérable et une jeunesse qui attend des perspectives à la hauteur de ses ambitions.

Les responsables politiques passent. Les fonctions changent. Les élections finissent. Mais la ville reste.

Et ce qui restera surtout, ce sont les traces laissées par ceux qui auront choisi de travailler pour elle.

« Azro n Tmazirt asaybanou yan. »

À Agadir, la véritable reconnaissance ne se gagnera donc ni par les discours ni par les titres.

Elle se gagnera par les pierres déposées, une à une, dans l’édifice collectif.

Car au bout du compte, les hommes passent.

La terre, elle, demeure.


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