Pendant des années, certains regards portés depuis l’autre rive de la Méditerranée ont volontiers présenté le Maroc comme une société profondément marquée par le machisme, comme si l’égalité entre les femmes et les hommes était nécessairement un acquis réservé aux démocraties européennes.

Mais l’histoire vient parfois bousculer les certitudes.

Le 29 septembre 2026, le Maroc a franchi une étape politique historique

Le roi Mohammed VI a nommé Fátima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement, faisant d’elle la première femme à occuper cette fonction dans l’histoire du Royaume.

Et voilà que le miroir se retourne vers l’Espagne.

L’Espagne est depuis longtemps l’un des pays européens qui mettent fortement en avant l’égalité femmes-hommes et le féminisme dans leur discours politique. Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a encore récemment défendu publiquement la représentation des femmes dans les centres de décision et présenté l’égalité comme une question de droits humains.

Pourtant, une réalité demeure : l’Espagne n’a jamais eu de femme à la présidence du gouvernement. Aujourd’hui encore, Pedro Sánchez est président du gouvernement espagnol.

Le paradoxe mérite donc d’être posé.

Comment peut-on regarder avec condescendance une société marocaine en la réduisant au qualificatif de « machiste », tout en constatant qu’au Maroc, en 2026, une femme vient d’accéder à la fonction de cheffe du gouvernement, alors qu’en Espagne cette étape n’a toujours pas été franchie ?

Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que la nomination d’une femme suffit, à elle seule, à mesurer l’égalité réelle dans une société. La représentation politique n’est qu’un des indicateurs parmi d’autres.

Mais elle possède une force symbolique considérable.

Et cette fois, le symbole vient du Maroc.

Le discours doit-il changer de direction ?

L’Espagne peut légitimement revendiquer des avancées importantes en matière d’égalité et de représentation féminine. Le gouvernement espagnol compte d’ailleurs plusieurs femmes à des postes de vice-présidente et de ministre.

Mais le Maroc vient de réaliser ce que l’Espagne n’a jamais encore réalisé au niveau de la présidence du gouvernement.

Le message n’est donc pas « Le Maroc est désormais parfait et l’Espagne est machiste. »

Le véritable message est beaucoup plus simple

aucune société ne devrait être enfermée dans les clichés que les autres portent sur elle.

Une femme marocaine peut diriger le gouvernement. Une femme espagnole le pourra également un jour.

La question n’est donc plus de savoir quel pays peut donner des leçons à l’autre.

La véritable leçon est ailleurs le progrès n’a pas de nationalité.

Et lorsqu’un pays que certains considéraient comme « machiste » accomplit une avancée politique historique avant un pays européen qui se présente depuis longtemps comme un modèle de féminisme institutionnel, il serait peut-être temps, de part et d’autre de la Méditerranée, de regarder les faits avant les préjugés.

Aujourd’hui, le Maroc ne demande pas à l’Espagne de lui donner l’exemple.

Il lui rappelle simplement qu’en matière d’égalité, l’exemple peut aussi venir du Sud.

Quand le Maroc donne une leçon symbolique à l’Espagne